Moissac : la ville des Justes oubliée mise à l’honneur

Avant d’être gravée dans la pierre, l’histoire est inscrite dans les cœurs…

Le week-end du 27 et 28 avril 2013 a été particulier pour Moissac, petite ville discrète plantée au bord du Tarn. Orchestrés par l’association « Moissac, ville de Justes oubliée », colloque, conférence de Boris Cyrulnik, inauguration de l’esplanade des Justes, … se sont succédé et ont ravivé la mémoire collective de ces lieux. Si la population n’a rien demandé, de nombreuses personnalités politiques dont Sylvia Pinel, Ministre de l’Artisanat, du Commerce et du Tourisme et Zvi Tal, Ministre plénipotentiaire à l’Ambassade d’Israël en France se sont joints à des historiens et des témoins afin de rappeler la dimension humaine dont les habitants de Moissac avaient fait preuve. En effet, alors que la seconde guerre mondiale faisait des ravages parmi le peuple juif, les Moissagais ont su agir avec sagesse et permettre le sauvetage de 500 enfants. La ville a su se taire. Des héros pour la plupart anonymes. Les témoignages des enfants cachés ont été nombreux ce samedi. Plus de soixante-dix ans après, des voix chargées d’émotion se sont élevées. «Pour moi, Moissac était un havre de paix » dira l’un d’entre eux.

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Pendant ces années de guerre, les Moissagais avaient un point en commun : leur compréhension des temps. Un peuple innocent était en train d’être anéanti. Ce regard sur l’actualité, le mouvement des Eclaireurs Israélites de France(EIF) l’a eu très vite. Dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933, les EIF ont œuvré pour sauver la culture juive, forme de résistance face à l’antisémitisme. La suite des évènements montrera que cette résistance culturelle qui n’avait pas été improvisée mais bien au contraire anticipée, va permettre à ces enfants et ces jeunes devenus pour la plupart orphelins, de préserver leur identité au fond d’eux-mêmes.

A Moissac, beaucoup furent accueillis dans la maison des Eclaireurs Israélites par un jeune couple, Shatta et Bouli Simon, qui ont veillé à faire de cet endroit un lieu familial, où la joie des fêtes et du Shabbat venaient rythmer la vie de la maison. Les chants, les danses, les récits des Ecritures ont

contribué à rassembler ce peuple éclaté. La guerre a grondé encore plus fort. Dès l’été 1942, les rafles se multiplient. Il faut désormais cacher les enfants. Les portes aux alentours vont s’ouvrir pour sauver ces vies.

Catherine Lewertowski, auteure de l’ouvrage « les enfants de Moissac » nous rappellera combien la vision prophétique des responsables des EIF a permis ces actions de sauvetage. Ce regard d’anticipation, quelques intellectuels juifs s’attelèrent à le conserver alors même que le génocide de leur peuple était porté à son paroxysme. De novembre 1943 à juillet 1944, des personnalités venant pour la plupart des EIF ont organisé à Istor près du Chambon sur Lignon des séminaires philosophiques pour réfléchir comment cultiver la pensée et l’identité juives aux lendemains de la

guerre. Ce cercle de philosophes s’appellera « l’école des prophètes ».

Il nous faut comprendre les temps pour perpétuer la vie. A quelle page de l’histoire sommes-nous ? Que nous dit l’actualité ? Sachons la décrypter et nous positionner de manière juste. Les Moissagais ont su le faire. Dimanche 28 avril 2013 a été inaugurée « l’Esplanade des Justes parmi les nations » en présence notamment du comité français de Yad Vashem. Si désormais une plaque gravée est scellée au mur, les générations futures ne doivent jamais oublier que tout cela est avant tout une histoire de cœur. En dédicaçant son film « J’avais oublié », le réalisateur Nicolas Ribowski écrira : « c’est pour vous que j’ai tourné ce film. Regardez-le, entendez-le ». Puissions-nous garder nos oreilles ouvertes …

Martine DURAND © SHALAM | Tous droits réservés